L'oeuvre de Daniel SIBONY

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La juive: une transmission d'inconscient
(paru chez Grasset en 1983)

Imaginez que j'ai trébuché sur la "question juive"; et que la "question" je l'ai dissoute ou dispersée: il me reste alors "la juive"; sur ou dans les bras: la langue-identité-lettre-femme juive...
Au passage, les "juifs" aussi sont redéfinis comme faits de langage, objets de transfert de cet instant unique, traumatique, vécu par tout un chacun: où sa langue l'identifie de le trahir, de lui échapper. Mais qu'est-ce qu'il leur a pris, à eux, de s'y laisser prendre, et de produire des montages d'écriture qui fixent cet instant-là ? Ou pire, de l'endosser "réellement"? d'en être "responsables" ?
Tout cela relève de la dimension inconsciente, dont la rencontre avec la "juive", non sans violence, met à nu leur cassure commune, ici déployée. D'où quelques éclats, et pas que de rire. La fameuse "question juive" est arrachée à ses vertiges imaginaires de la "demande de reconnaissance". Ladite "question" s'arrache aux juifs pour se révéler implantée dans l'intimité de tout un chacun. C'est que ce chacun, dans sa réserve d'inconscient et de refoulement, a une petite trace (une petite race...) de lettre juive qui le dérange, qui le nourrit, qui le persécute et qu'il persécute, qui le porte et l'insupporte - et qui n'est autre que le point où son "identité" est à bout (tabou...) d'elle-même et reluque vers ses au-delà...
A quoi ressemble l'au-delà de nos identités?...