L'oeuvre de Daniel SIBONY

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Le nom et le corps
(paru chez Seuil en 1974)

Il s'agit de la rencontre d'un Nom et d'un Corps; de cette rencontre par quoi un nom prend corps, lui fixe et lui interprète son érotique, qui est celle-là même dont il accède au langage et l'habite.
Ces sortes de rencontres décident, dans le champ politique par exemple, de ce qu'une parole devienne une force matérielle: mater accouchant de vertiges sacrificiels ou, au contraire, de ces révolutions où ce qui est révolu révolte.
Trois filons, ou trois veines, parcourent cet écrit et le trament: le psychanalytique, le mathématique et l'écrit hébraïque de la Bible. C'est du noeud de ces trois expériences que cet écrit personnel témoigne en tant que toutes trois traversent la même chose, que l'inconscient fait sienne et qu'il travaille.
C'est d'expérience que l'auteur s'est trouvé pris à ces fils, noué à leur parcours chaotique, où se faufile la question d'une jouissance, et son histoire mouvementée. Et suivre ces trois filons, comme toute, chose, mène l'expérience à son point de nésens et de paradoxe, donc loin des fonctionnements orthodoxiques où l'on s'emploie à la rectifier (et qui seraient ici l'establishment analytique, la Science et la religion). Le paradoxe c'est aussi ce qui fait crier au scandale les dévots de l'opinion droite.
Ceci est un écrit sur l'amour en tant qu'il est enjeu de la rencontre et son paradoxe; et s'il est théorique, c'est dans la mesure où il interroge l'accès de chacun aux sources de sa théorie. Séduire l'autre, est-ce vraiment lui dire ce qu'il a envie d'entendre, ou bien faire vaciller les limites de l'écoute et les contours de sa "langue" ?
De quel rite ou quel "sacrifice" les partenaires de la séduction sont-ils les prêtres ou les parties prenantes, sans qu'on sache qui a "commencé" ? Mais peut-être la séduction interroge-t-elle le "commencement" d'un langage, les "premiers" tressaillements du jeu de parler et d'être ensemble. Séduire par les mots ? ou séduire les mots ? Penser, serait-ce séduire les mots jusqu'à inscrire à travers eux une jouissance qui "compte" ? N'y a-t-il pas une séduction de la Loi ? ou pire : du Maître, du Chef violent et violeur ? Et, au-delà, n'y a-t-il pas une séduction de l'Inconscient ?
Pourquoi la psychanalyse, après avoir cru découvrir l'origine des névroses dans une "première" séduction, a-t-elle soudain cessé d'en parler comme si elle en prenait la place ? L'autosuffisance même de la séduction la révèle insuffisante, et induit sa fulgurante traversée qu'est l'amour, plus "subversif" que la séduction, car sans l'éluder il la "dépasse". Et si l'amour abolissait les paradoxes du narcissisme et des duels d'identité, pour faire passer, entre l'un et l'autre dessaisis d'eux-mêmes, la naissance possible d'un nouveau Dire ?
Ce livre est pris dans la gageure d'arracher ces questions à leurs anciennes racines, et de façon radicalement nouvelle; le risque qu'il prend, de s'avancer à découvert - à la découverte - à même la langue et sans arsenal "théorique", est un acte d'amour inconscient.