DANIEL SIBONY,
Ecrivain
Psychanalyste
Philosophe


LES BILLETS de Daniel SIBONY


Réfléchir sur l'éthique de certains journalistes 04/02/2006

J'ai publié récemment un livre: CREATION. Essai sur l'art contemporain.
Voici ce qu'en a dit l'hebdomadaire Le Point; et ma réponse.

Article du Point:
"De la méconnaissance de l'art contemporain"

L'art contemporain n'a jamais été autant à la mode et les esprits les plus productifs se mettent à s'intéresser au sujet. Dernier exemple en date, le psychanalyste Daniel Sibony, qui publie au Seuil "Création, un essai sur l'art contemporain" (22€). Au chapitre "Comment se fixe la valeur d'une œuvre", il tente même, bien maladroitement, d'expliquer le système des cotations. Il donne en exemple une des pièces les plus fameuses de l'art contemporain, une "Pharmacy" de Damien Hirst. Mal lui en aura pris. Ce qu'il croit être une peinture - "beaucoup de médicaments peints avec soin, avec jubilation" - est, en fait, comme tous les amateurs le savent, un véritable meuble contenant des médicaments, un "ready-made", comme les appelait Duchamp. Le prix record en matière de "Pharmacy" est de 1,8 million d'euros. Sibony parle de 1 million… Pour cette somme-là, mieux vaut ne pas se tromper sur la marchandise.
Dans le futur, le marché de l'art, si attirant par son caractère scandaleusement excessif, devrait encore susciter de nombreux commentaires erronés et cela bien avant que ses cours ne chutent.

Réponse de Daniel Sibony:

"Méconnaissance de la vie"
L'article du Point, (12/01/06) non signé, intitulé "Méconnaissance", évoque mon livre CREATION Essai sur l'art contemporain; et dit que j'ai pris pour un tableau un ready-made de Damien Hirst qui représente une pharmacie - car je parle de "médicaments peints avec soin, avec jubilation". L'auteur jubile de prouver mon incompétence. L'ennui est qu'il se trompe: je parlais bien de tableaux, tout à fait peints par D. Hirst, sur le thème de la pharmacie, et "peints avec soin". J'en ai vu quatre à New-York, Galerie Gagosian; l'un d'eux est parti à près d'un million; les autres, à plus de quatre cent mille. Hirst a fait deux "ready-made" sur ce thème, mais je parlais des tableaux.

Donc, ce journaliste organise la faute pour pouvoir la dénoncer. De quoi est-ce le symptôme? Pourquoi ce petit gâchis?
1) Il est plus pratique de déconsidérer un auteur plutôt que d'aborder sa pensée (des fois qu'il en ait une, et qu'elle soit neuve, quel boulot…).
2) Lorsqu'on marine et qu'on ressasse dans tel domaine, on s'irrite de voir l'étranger, forcément "novice", débarquer et dire des choses originales.

P.S. Cette réponse n'est pas encore parue. Espérons qu'elle paraisse vite. Peut-être que l'intervention des lecteurs du Journal "Le Point" pourrait aider à la faire paraître.

"Le Point"
Franz-Olivier Giesbert, Directeur

Il est possible d'envoyer un message via le site du Point :


Un curieux désir d'être coupable 28/03/2005

Je lis dans le New-York Times du 24 mars 2005, un article de T. Fridman qui me semble assez faux, ou plutôt faussé par des convictions partisanes.

D'abord, il s'indigne de ce que 26 prisonniers de guerre arabes ont été tués par les Américains en Irak; et, par l'argument rhétorique bien connu (I know war is hell…), il dit que c'est un "inexcusable outrage" et s'indigne de ce que le Congrès shrugged this off. Or tout le monde est d'accord pour punir de tels actes - même si ça ne monte pas jusqu'au Congrès. Il faut simplement savoir que si une armée de plus de cent cinquante mille hommes ne contient pas cent cinquante crétins qui libèrent leur bestialité, alors c'est que c'est une armée d'anges, une armée du Bien et de la Vertu; si elle existait, elle serait plus dangereuse pour tout le monde que toute armée ordinaire, car ce serait une armée totalitaire.

En tout cas, s'indigner de ces abus (contre lesquels tout le monde est unanime) n'est-ce pas, peut-être, manquer de sujet d'indignation? ou avoir de l'indignation qu'on ne sait pas où placer?

L'auteur suggère que si on punissait les coupables, cela rendrait le monde arabe moins haineux pour l'Amérique. J'espère bien que les coupables seront punis à tous niveaux (pourquoi ne le seraient-ils pas?), mais croire que cela baissera la haine en question me semble très naïf.

Car la haine du monde arabe pour l'Amérique est seulement confirmée par ces abus, mais elle ne vient pas d'eux. Elle vient 1°/ de ce que seuls les Américains ont pu et peuvent libérer le monde arabe de ses tyrans et lui ouvrir un avenir; et ça, c'est impardonnable. 2°/ De ce que l'Amérique symbolise le monde chrétien "insoumis", abondamment maudit par Allah dans les Textes fondateurs, dans une vindicte qui s'est transmise jusqu'à nos jours. Cette haine diminuera lorsque le monde arabe aura conquis de la distance par rapport à ses fondamentaux, et il y arrivera un jour. En attendant, sa stratégie instinctive est de culpabiliser les Occidentaux, de les rendre responsables de ses malheurs à lui. Si l'Occident, et notamment l'Amérique, entre dans ce jeu, par élan moral, est-ce que cela aidera le monde arabe à reconnaître sa part à lui - essentielle - dans ses malheurs?

Quant à l'exemple de l'armée de G. Washington que donne Fridman, l'armée dont la bonne conduite a changé le cours de la guerre, cet exemple est inadéquat, car l'armée américaine actuelle, même sans aucun abus (ce qui est absurde) se trouve devant un ennemi - non pas "vicieux" comme il le dit (pourquoi les Arabes seraient-ils plus vicieux que d'autres?) mais devant des gens qui n'arrivent pas à faire leur deuil du pouvoir qu'ils ont perdu; des gens qui étalent leur mortification, c’est-à-dire le processus de leur deuil profond, qui prendra un certain temps, mais qui se terminera un jour.

Une meilleure conduite des Américains sera bénéfique de toute façon mais ne changera pas le cours de la guerre, contrairement à l'exemple de G. Washington.

Reste la question plus profonde: pourquoi le désir d'être coupable est-il aujourd'hui en Occident le principal signe de moralité? Et lorsqu'il entre en résonance avec le désir adverse, de rendre l'Occident coupable, cela ne mène-t-il pas à une impasse?

Soignez vos ennemis 01/03/2005

L'appel à "aimer ses ennemis" est une de ces nombreuses et fécondes provocations de l'homme Jésus des Evangiles; provocation ou surenchère dont la vie témoigne qu'elle n'est pas très applicable. Et si vraiment vous arrivez à aimer votre ennemi, en tant qu'ennemi, c'est que vous l'avez surmonté, surplombé, enveloppé, que vous vous êtes mis très au-dessus de lui. Trop. En fait, c'est très agressif d'aimer son ennemi, et de le voir, du haut de votre amour, s'agiter dans sa haine. Et puis, cela reviendrait à supprimer de la langue le mot "ennemi", puisqu'un ennemi signifierait quelqu'un qu'on aime…

En revanche, la Torah (dans Exode 23) lance un appel plus modeste mais qui va loin: "Si tu vois l'âne de ton prochain crouler sous son fardeau, tu dois l'aider". Autrement dit si tu vois la maison de ton ennemi se fissurer ou menacer de crouler, tu dois accourir pour la réparer. Plus largement: si tu vois ton ennemi crouler sous le fardeau tu dois courir le relever, l'aider. (C'est dit pour son âne, a fortiori pour lui-même.) Et cela se comprend: si tu le laisses dans le malheur, s'il est encore plus malheureux qu'avant, il aura plus de rancoeur à projeter sur toi, il sera encore plus ton ennemi, et comme ce sera injuste, tu seras tenté de lui en vouloir davantage pour une telle injustice, et tu seras encore plus son ennemi; et ainsi de suite dans un cycle infernal. Mais si tu l'aides à être moins malheureux, moins grincheux, il aura moins de malheur à t'imputer; et s'il est plus heureux, il sera plus indulgent pour ce qui concerne votre querelle. Donc, en faisant cela, tu travailles pour la paix, pour un peu plus de sérénité et d'indulgence.

Et donc, je dirais non pas: "aimez vos ennemis" (c'est trop, et je l'ai dit: trop agressif) mais: soignez-les, aidez-les à avoir un peu plus de jeu dans la vie. Alors ils seront moins tentés de fixer sur vous leur échec, ils seront plus fréquentables et vous serez plus heureux d'avoir transmis un peu de bonheur.

La prison comme entre-deux 21/02/05

L'autre jour j'ai regardé quelques images à la télé où, lors d'un procès, le procureur, en requérant contre un jeune violeur, parlait de lui comme l'auteur. Voilà, il y avait la victime et il y avait l'auteur. Autrefois on disait l'accusé, le prévenu, l'agresseur; aujourd'hui c'est l'auteur. Je ne sais pas ce que les auteurs - au sens courant: qui écrivent des livres - devront ajouter comme précision pour ne pas être pris pour des criminels; à moins qu'ils ne soient d'avance accusés du délit d'écrire?

Mais l'essentiel est ailleurs: le procureur semblait gêné car s'il est vrai que l'accusé ("l'auteur"), méritait "une peine de 5 ans dont trois avec sursis", il ne se rendait pas compte de son acte, "il fallait donc une peine mixte", comportant "une prise en charge psychologique, rapide" et aussi "une prise en charge matérielle pour qu'il puisse travailler". Bref, punition, éducation, mise à niveau… Du coup, le journaliste qui faisait le "sujet" pour sa télé, ponctuait par de "grandes questions": qu'est-ce que punir? qu'est-ce qui est pédagogique? qu'est-ce qu'on cherche au fond?... Questions abyssales et sans réponses qui, à mon sens, traduisent une gêne plutôt simple qu'on pourrait bien formuler.

C'est que punir est devenu un acte louche, problématique, car on constate (sans trop le dire) que cela revient à envoyer ceux qu'on punit dans une sorte d'école du crime: les jeunes maghrébins délinquants font faire des stages d'islamisme, et peuvent ressortir fanatiques, voire terroristes. Les autres, non-maghrébins, vont côtoyer des "pros" du crime, des endurcis, et ils ressortent prêts à y aller plus à fond, à être plus performants dans l'arnaque et la violence. En somme, on parle de punir en oubliant que le moyen de la punition s'est complètement perverti, par la force des choses.

En principe, la maison d'arrêt est un lieu où le sujet est arrêté dans sa dérive de violence contre autrui. Ce coup d'arrêt instaure un lieu qui est une sorte d'entre-deux: entre la période passée qui s'est accélérée pour produire le délit ou le crime et la période à venir qui suivra la sortie et où il faudra bien replonger dans la vie, mais autrement.

Plutôt que de "remettre en question" des repères "usés" comme le seraient l'acte de punir ou d'arrêter un délinquant, ne ferait-on pas mieux de retravailler le concept de lieu d'arrêt, de prison, comme espace stratifié, où il faudrait classer les détenus, comme dans une école: ceux qui iront dans les petites classes, disons en 6ème, les autres plus endurcis, dans la classe supérieures, et ainsi de suite, jusqu'en "terminale", où l'on trouverait ceux qui en ont "terminé" avec la loi et avec la société, les criminels les plus endurcis. Le principe serait d'empêcher à tout prix que l'on monte de classe. S'il y a passage dans la classe supérieure, c'est que la prison a fonctionné comme lieu d'apprentissage du crime plutôt que comme coupure-lien avec le monde (coupure où l'on est séparé du monde, et lien qui appelle à y retourner).

Y aura-t-il la paix au Proche-Orient? 14/02/05

En réponse à cette question qu'on me pose souvent ces temps-ci, je renvoie à l'un des 40 articles rassemblés dans mon Journal d'Intifada (paru le 4 février chez Bourgois sous le titre "Fous de l'origine"; "journal" c'est le sous-titre). L'article s'intitule: "Il y aura souvent la paix", le "souvent" étant repris d'une blague où un mari demande à sa femme avant leur séparation si elle avait été fidèle, et elle répond: souvent.

Il y aura donc souvent la paix, et la période où nous entrons est sans doute de cet ordre. Plusieurs facteurs y contribuent: a) la mort d'Arafat, homme pétri par le fantasme d'être le porte-parole du monde arabo-musulman contre l'idée de souveraineté juive; b) les événements d'Irak, que la France intègre mal mais dont le sens est assez clair: le pari américain de casser les structures dures de la Cause arabe ou de l'islamisme, et d'aider ces peuples à exprimer leur envie de vivre, ce pari est en train de progresser; il accumule les chances d'être gagné; c) par un mouvement de retour chez les Palestiniens, la masse qui a envie de vivre l'emporte sur celle qui a envie d'abord de vaincre et d'empêcher l'autre de vivre.

Reste une inconnue: Mahmoud Abbas aura-t-il la force (matérielle et psychique) de mater les groupes terroristes s'ils refusent de s'aligner et s'ils veulent mettre à profit la trêve pour mieux se structurer? Toute "révolution" a connu ce dilemme: dès qu'elle veut instaurer un espace de vie, elle doit mater ses extrémistes qui risquent de tout compromettre. Mahmoud Abbas a les moyens de le faire, l'Amérique lui apporte son soutien pour cela, mais le fera-t-il? Il a pour lui la "fatigue" des deux peuples qui veulent la paix, fût-elle simplement une longue période de pause.

Car il est clair que, à supposer qu'elle s'instaure, cette paix ne sera pas définitive, tant que l'option fondamentaliste n'aura pas cédé devant l'épreuve de réalité; et tant que ceux qui soutiennent cette option sans en être vraiment, sans trop s'identifier avec, n'auront pas lâché prise. Cela se traduira pas des choses très concrètes: imaginez, on est en paix, et un petit groupe à Ramallah ou non loin de Jérusalem veut exprimer ses états d'âme un peu rageurs, devant la dureté de la vie. Et vu que les techniques artisanales sont déjà très efficaces, quelques fusées sont vite parties vers l'ennemi. Lequel laisserait passer la chose une fois ou deux mais pas trois. Et à nouveau on aura une petite période de guerre, qui sera suivie de paix, et de guerre.

Tant que le partage de l'origine ne sera pas mieux assumé (je précise ce concept dans une série de livres, notamment dès Les trois monothéismes, et bien sûr dans Journal d'Intifada.

Mais quand donc s'arrêteront-ils? 06/02/05

Récemment, un journal français, très proche du consensus, titrait en première page: "L'Iran, future cible des Américains". Après l'Irak présenté ici comme un chaos, il y a de quoi induire, dans l'opinion supposée naïve: Mais quand donc, s'arrêteront-ils, ces boutes feu! Ils veulent semer la guerre partout?

Or il se peut que l'opinion n'entonne pas ce refrain si facilement, bien qu'elle soit un peu perplexe devant tant de brouillages. En effet, si les Américains s'en prennent à l'Iran, ils le feraient pourquoi? Sans doute pour détruire les installations nucléaires, lesquelles ne feraient pas problème si l'Iran n'avait que des visées pacifiques. L'Europe, elle, mène des négociations "longues et ardues" avec l'Iran pour qu'il cesse d'avancer vers la bombe; lui promettant de lui fournir du nucléaire pacifique, chose qu'elle avait déjà promise puis refusée, puis qu'elle lui promet à nouveau: bref, un micmac où elle s'enlise avec l'Iran dans des mensonges et des lâchetés, certes classiques, mais qui blessent les Iraniens, culpabilisent les dirigeants de la vieille Europe, et fourvoient tout ce petit monde dans un tourbillon pervers, dont l'effet est de gagner du temps. Le temps que l'Iran ait sa bombe et que les chefs européens constatent, navrés, que c'est trop tard, ajoutant avec finesse: qu'il n'y a plus qu'à faire confiance à cet Etat qui après tout est responsable…

Or s'il y a dans l'avenir un risque d'holocauste pour les Juifs, il ne peut venir que de là. Les Juifs d'Europe ne sont pas menacés (ou alors, à terme, de devoir, peut-être, se déplacer…) Mais l'Etat hébreu, si la ferveur islamique de l'Iran s'emballe, pourrait se retrouver dans un feu nucléaire.

L'Amérique suit avec scepticisme ces "négociations serrées" et pourrait, elle, intervenir. En fait, le mal est déjà fait: les Iraniens s'indignent qu'on les empêche d'avoir leur bombe comme si on les empêchait de jouer dans la cour des grands. Mais peut-on les convaincre que tout en étant grands, ils n'ont pas le droit d'avoir une bombe? Oui, si cet interdit provient d'une loi et non de la "fermeté" occidentale - plutôt molle côté Europe, et un peu dure à supporter quand elle vient de l'Amérique.

Car la fameuse "humiliation" de l'islam par l'"Occident" (dont nous avons montré ailleurs ce qu'elle recouvre et comment l'aborder, dans un rapport non frontal et non "psychologique"), cette humiliation se rejoue là encore.

L'INTELLIGENCE 03/01/05

Mon idée est très simple: l'intelligence, c'est ce qui dans une situation permet de créer du lien là où il en manque, et de faire sauter des liens là où leur excès empêche de voir autre chose. Cette formule souple a beaucoup de variantes. Par exemple: l'intelligence, c'est de mettre de l'ordre dans une situation chaotique, et de révéler le désordre ou le point singulier quand cela semble bien ordonné, bien régulier. L'intelligence dont je parle, celle du coeur qui pense ou de la pensée qui a du coeur, comporte ces deux mouvements, toujours.

Bien sûr, certains ne peuvent faire qu'un seul mouvement: mettre de l'ordre et du lien; ou au contraire: perturber ce qui paraît stable. (Cela donnerait, d'un côté une tendance "parano", de l'autre une tendance "hystéro"; mais laissons ces distinguos - qu'on peut aussi exprimer en termes savants...) L'intelligence du cœur, quand elle fait l'un des deux mouvements, garde l'autre en mémoire, l'autre mouvement toujours possible, même s'il n'a pas encore lieu d'être: si pour l'instant ce qui s'impose c'est de faire lien et de mettre de l'ordre, elle garde en mémoire l'autre mouvement, qui est de révéler un désordre ou de faire sauter tel lien factice, inopérant.

C'est dire que l'intelligence est en excès ou en manque par rapport à elle-même; toujours en décalé. Dès qu'elle s'installe dans la jouissance d'être elle-même, identique à soi, la bêtise n'est pas loin.

C'est pourquoi, il n'y a rien de pire que des gens suffisants munis d'idées intelligentes et qui ont peur de bouger. Car, face aux risques du mouvement, ils rendent inertes lesdites idées intelligentes. C'est ainsi que beaucoup, munis d'idées freudiennes - souvent lumineuses -, se croient bien armés et sèment l'in-intelligence. Donc, il y a du travail.

Une minute de silence 28/12/04

Et si nous faisions un geste non seulement pour les vivants que l'on secourt mais pour les morts que cette vague terrible a tués? Et si le monde faisait pour eux un geste simple de deuil, quelque chose comme une minute de silence? Après tout, 50000 morts et plus, c'est un nombre à la hauteur de la planète. Si, par exemple, à la tête des "Nations Unies", un appel était lancé qui fixerait cet instant de silence tel jour à midi, du fait que la terre tourne (quoique son axe ait été un peu secoué), ce silence se propagerait comme une vague et ferait le tour de la terre. Une vague de silence, en somme, qui du ciel serait observée comme un mouvement alors même que partout chacun se tairait à midi, à la même heure.
Ce point de vue du ciel n'est pas une vue de l'esprit: il se trouve qu'un satellite américain a repéré le phénomène et l'a fait savoir aussitôt aux pays concernés, notamment au Sri Lanka où l'effet fut le plus terrible. L'information fut donnée par endroits deux heures avant l'arrivée de la vague. Mais il semble que les autorités n'aient pas fait passer le message, il n'y a pas forcément à les en accuser: la transmission n'est pas toujours aussi simple qu'on l'imagine. La parole ne passe pas si facilement.
Du coup, la minute de silence ne serait pas seulement un signe de deuil pour ces morts mais un signe de peine pour nous-mêmes, les vivants, qui souffrons si souvent de ce que la parole ne passe pas, que sa transmission qui pourtant nous semble évidente doive traverser un espace mystérieux où elle s'efface, comme une vague de silence où elle se perd.
Et cette minute ferait du bien à tout le monde.